Il inspire
confiance. Il dégage l’élégance, la simplicité et le bon goût. C’est un patron
apprécié et respecté. La preuve : sa secrétaire, Marlene, une vielle anglo
au francais cassé. Elle lui amène son latte
skinny milk à son bureau, tous les
matins. Beau temps, mauvais temps. Les hommes qui travaillent pour lui
l’appellent budy. Les femmes, elles, soupirent toujours sur son
passage. Il est beau. C’est le fils que toutes les mères espèrent avoir. Le
conjoint qu’on idéalise toute une vie. C’est le chum, l’ami garçon au bureau avec qui il est sympathique d’aller
prendre un verre, passé cinq heures.
Il bosse et
trime dure. Il respecte toujours les échéanciers. Ses patrons se tapent dans
les mains d’avoir déniché cet individu calme, vif d’esprit et qui s’est
présenté à l’entrevue, à main levée. Ponctuel, toujours là lorsqu’il le faut,
le mettre en charge d’accueillir des clients potentiels est probablement sa
spécialité. C’est un charismatique.
Il roule
dans un VUS propre qui brille tout le temps au soleil de la métropole. Dans les
rues du centre-ville, derrière son volant, après une journée de fou, il détache
sa cravate et fait craquer son cou. Il a branché son Ipod avant de boucler sa
ceinture de sécurité. Il est comme ça, c’est tout. La musique d’abord, le reste ensuite. La musique, c’est son entrain, son souffle, son
expiration, son refuge. Dans ce dernier, pas de cris, d’échéanciers ou de
contre-temps : juste une mélodie qui tapisse une voix, une harmonie qui se
fait grafigner par un riff de guitare, là où il le faut. Une musique juste
assez lourde de notes et de basses, qui bat au ryhtme des caissons clairs.
Si vous lui
demanderiez depuis combien de temps ce refuge, il ne répondrait pas. Si vous
voudriez savoir le pourquoi de cet univers bâtie sur mesure, encore moins.
Parce qu’il ne partage pas ces moments d’échappements. Sinon, si peu. Celui qui
est l’ami de tous, qui est toujours charmant, sweet, good budy, bon garçon poli, beau comme un cœur, ne dévoile
rien.
Se sortir de
lui serait trop compremettant. Ce n’est pourtant pas un criminel, ni un voleur,
encore moins un con. Non. C’est un type ordinaire qui rêve d’extraordinaire.
Qui rêve de la femme idéale. Qui court le veston parfait, dans les boutiques,
pour son jour de gloire. Ce jour là, quelque chose se passerait, arriverait, se
déclancherait. Something big. Something
magic. Il serait tellement, mais tellement
heureux qu’il ferait systématiquement du hair
guitare. Il ferait beau, les palmiers balaieraient le ciel et la vie serait
chaude mais au juste et bon degré d’humidité. Ceci, certifié par son I-machin chouette qui l’avertie
que : pendant qu’il rêve à son jour de gloire, quelqu’un d’autre a une
vie. Ailleurs. Quelque part dans l’ère virtuelle et que lui, pendant ce temps,
LUI, n’agit pas en ce sens. Dans le sens de derrière
l’écran catodique. Dans un univers imaginaire mais propre à chaque utilisateur.
Le plaisir croît avec l’usage, ne l’oublions pas. Et pour lui, l’usage est
omniprésent alors autant dire qu’il y vit pour de vrai dans cette dimention
surdimentionnelle.
Il s’active
et dévérouille son intimité via son
Its’livemylifepod pour affirmer et signifier qu’il respire toujours, là,
lui aussi. Il continue à contrôler l’image, le personnage, celui de In Limbo.
Point.
Croiser cet
homme dans le plus ordinaire des mondes, est de l’ordre du Walt Disney et du
coup dans sa plus simple définition : l’effet brusque produit par le choc
de deux corps. Un prince charmant sans cheval et dont l’effet produira un coup
brusque, effectivement. Il pense à tout, dans le moindre détail, use de
délicatesse propre à l’hôte qui vous reçoit dans un environnement où tout sent
bon et où tout est parfait. Plonger dans son regard finira par vous faire
flancher, c’est certain : être le sexe faible a tout de même un avantage
tant qu’on reste naïve à croire ce qu’il se passe. Lorsque ce sont enfin ses
mains qui vous touchent, ses lèvres qui vous embrassent, intensément, on s’y
love, s’y déchaîne et… on espère.
À tous les
temps : de l’indicatif présent au passé antérieur où j’eus aimé être aimé
pour ce que je suis en vrai et non pas ce qu’il eut aimé que je sois.
In Limbo cré
l’espérance puis disparraît dans son univers. Un univers qui se déroule à plus
de trois cent kilomètres de ce qui, je crois, est la vérité.
Déçue ? Non.
Désanchantée,
oui.
Que reste-t-il
après qu’on ait vue le réel derrière l’image propette d’un individus ? Qu’on
ait souhaité être plus qu’une saveur
du mois ?
De la
désolation.
Celle de la
vérité qui est moins brillante, glossée et plastique que ce qu’on avait,
malencontreusement, fait imaginé à l’autre. Ce que l’on est, est moins beau que
le conte de fée scénarisé à coups de millions à Hollywood. Le personnage bâtie
sur mesure derrière les mots est plus lourd, brut, que les mots savamment
choisis.
On déçoit.
Et ce, réciproquement.
Le monde
réel est tellement plus frappant.
C’est
probablement pour cette raison que In limbo vit outrageusement dans un univers
qui n’existe pas.
Et, qu’au
bout du compte, on n’y existe plus.
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